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Point de vue Michel Duthoit – Ouest-France du 04/02/2013

Posté par emmanuelesliard le 15 février 2013

Point de vue Michel Duthoit - Ouest-France du 04/02/2013 dans Liens of-md-040220131

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Une belle histoire pour finir l’année !

Posté par emmanuelesliard le 29 décembre 2012

Afin de quitter cette année 2012 sous une bonne note, je vais vous raconter une petite histoire vraie comme je les aimais étant enfant :

 

Une belle histoire pour finir l'année ! dans Liens chevreuil

Par une douce nuit du 3 juin dernier, la maman du jeune chevreuil si familier avec cet homme sur la photo se faisait percuter par un véhicule, du côté de Locqueltas dans le Morbihan. Tuée sur le coup sans doute, éventrée et pour cause elle attendait un petit, elle ne pouvait qu’offrir ses entrailles aux prédateurs de tous poils. Par chance, son corps fut découvert par un infirmier qui passait peu de temps après, il repéra immédiatement le petit faon prêt à naître. En homme de l’art il fit le nécessaire, ainsi naquit Fanfan, sans tambours ni trompettes !

 

Il le confia à un de ses amis, le bon Jeanjean (Jean Eveno) éleveur et chasseur à ses heures, mais dans un style écolo. Le petit faon fut élevé au biberon, un toutes les quatre heures les premiers jours. Afin de n’être point en contravention avec la loi interdisant de détenir du gibier en captivité, il le laissa en liberté mais en lui mettant un collier spécial que l’on remarque sur la photo, indiquant aux chasseurs qu’il est protégé. Espérons qu’ils aient tous une bonne vue, et l’éthylotest incorporé au fusil ! Maintenant Fanfan galope le nuit dans les bois avec les siens et rentre au petit matin faire un câlin à Jeanjean qu’il considère comme sa maman, il en profite également pour partager son petit-déjeuner en grappillant entre ses jambes les miettes de pain qui tombent généreusement par terre !

 

Belle histoire que je me fais une joie de partager avec tous ceux qui ont conservé et entretenu une partie de leur âme d’enfant.

 

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Un point d’histoire récente enfin élucidé !

Posté par emmanuelesliard le 4 juillet 2010

Après l’affaire Boulin qui semble définitivement enterrée, des scellés compromettants ayant semble t’il étés jetés dans le lac, nous pouvons avoir honte de notre justice ! Mais, Esliard est là, m’appuyant sur le club de ce redresseur de torts, je suis enfin en mesure de lever le voile sur un épisode abracadabrantesque (pour paraphraser Rimbaud) de notre histoire politique récente.

 

 Il était une fois, à la mairie de Paris, temple obligé de la Chiraquie triomphante, une consigne qui avait la singulière particularité, en ces temps troublés où les microprocesseurs règnent en maîtres, de ne pas être automatique. Elle était fort prisée d’hommes bien propres sur eux, qui régulièrement venaient y déposer de lourdes valises, avant de prestement s’éclipser sans attendre le moindre reçu, ni proposer quelque paiement. L’employé, un vétéran de la dernière guerre chiraquienne, ne s’alarma point, pensant qu’il s’agissait de gros clients ayant passé un accord préalable avec sa hiérarchie, qui comme d’habitude avait négligé de l’avertir.


Les grosses mallettes métalliques, identiques en tous points, étaient bien pratiques. Elles s’empilaient sans problème, mais au bout de quelques jours le gerbage manuel atteignit rapidement ses limites, il s’avérait nécessaire d’entreprendre une autre pile. Un mois plus tard, il se rendit compte qu’il n’avait pas perdu la face, mais bon dieu c’est bien sûr : une mission de confiance lui avait été secrètement confiée. Les valises étaient de plus en plus nombreuses, il fallait faire preuve d’initiative, le repérage de chaque bagage était indispensable. La sécurité la plus élémentaire imposait la matérialisation d’un couloir d’une largeur suffisante, permettant le repli rapide, en bon ordre, en cas d’écroulement accidentel d’une pile.


Il en était maintenant certain, le destin venait de frapper à sa porte, il l’ouvrit prestement et sortit à sa rencontre d’un pas guilleret. Il n’avait pas fait plus de deux enjambées qu’il se retrouva nez à pif avec le maître des lieux : Chichitou 1er ! Lequel revenait, l’air satisfait, d’une pause réparatrice de cinq minutes dans les étages, assisté d’une collaboratrice avenante, Véronique, la foutrement bien nommée !


Sa confusion était extrême, il bredouilla : « les vava …, les valili …, les valises, je les quéquette, je les sodopile jour après jour, heure par heure, cul à tête, un peu moins de soixante-dix jusqu’ici, je sécurise, je couloirise suffisamment en cas d’épilation accidentelle, heu … ! Si la tombe pile ! Sur la face ! Je me fais trancher en deux, enfin je crois ! »


Après un temps d’incrédulité qui lui parut une éternité, Chichitou 1er éclata de rire. Puis tout en continuant de peloter l’arrière-train avantageux de Véronique, il s’adressa enfin à l’employé devenu écarlate : « ne vous inquiétez pas mon brave, nous verrons cela après le salon de l’agriculture, Véro, faites-moi plaisir ! Apportez-moi tout de suite un pack de Corona dans mon bureau, ensuite veuillez prendre note des inquiétudes de monsieur, afin de me les rappeler le moment venu, et ainsi les vaches seront bien gardées ! »


Chichitou 1er prit son envol vers son bureau au premier étage. Le suivant du regard, le popotin enfin libéré, Véro revint peu à peu à la vie normale, en tournant la tête elle lança une œillade convenue au petit homme cramoisi qui tremblotait de tous ses membres, en précisant : « sois pas vache, les élections sont dans deux ans, refile une valise de temps à autre et laisse celles qui restent bien au chaud ! »


Le brave homme ne comprenait plus rien, sa tête était vide, « comme d’habitude » aurait précisé sa femme ! Il revint tout penaud vers la porte où scintillait en lettres d’or la mention : « CONSIGNE », en dessous plus discrètement on pouvait lire : « valises conformes », et encore plus petit : « tous billets ayant cours » !


L’employé aujourd’hui si perturbé, s’était souvent interrogé sur la signification de ces mentions, à ses yeux extrêmement sibyllines. Il se promit d’en parler à Véro, lors de sa prochaine visite, ce qui ne saurait tarder.


Mais Véro dut avoir un emploi du temps chargé, un tas d’étages à monter afin d’alléger le maître des lieux, car elle ne vint pas ce jour, ni le lendemain, pas plus que les jours suivants. Il se consola en confectionnant de magnifiques étiquettes, sur lesquelles il reporta le jour et l’heure d’arrivée de chaque mallette inscrits sur le cahier de réception. Il ne pouvait se tromper, les mallettes étaient entassées dans l’ordre d’arrivée, première pile au fond à gauche, deuxième toujours au fond mais à droite de la première et ainsi de suite. Il refit les piles, les aligna au cordeau, séparées par de magnifiques et larges allées matérialisées à l’aide de bandes adhésives bleues. L’ensemble avait fière allure, un seul détail retint sa réflexion pendant une bonne journée : la hauteur des piles !


Considérant la capacité physique de gerbage vertical du sujet, elle ne pouvait dépasser deux mètres, l’utilisation d’un escabeau étant exclue par la simple application du principe de précaution. Mais, le déstockage d’une telle pile pouvait s’avérer périlleux. En tirant sur la poignée de la valise la plus élevée pour la saisir, il y avait un risque d’entraîner dans une chute dramatique une ou plusieurs mallettes. Il était donc nécessaire que l’opérateur puisse soulever facilement l’objet placé le plus haut d’une seule main, avant de passer l’autre main en dessous, permettant ainsi de saisir la mallette en douceur et de l’amener au sol en toute sécurité.


Une rapide évaluation d’une semaine, permit de déterminer par l’expérience la hauteur maximale de pile. Notre chercheur en gerbage manuel de mallettes métalliques en conclut, qu’elle ne pouvait dépasser la taille du sujet, soit un mètre soixante. Chaque objet ayant une épaisseur hors tout de vingt centimètres, un calcul aisé donna le chiffre de huit valises.


Mais, si certaines étaient cabossées ! La hauteur de la pile deviendrait supérieure à l’évaluation théorique ! Suprême inquiétude : les bosses menaceraient la stabilité de l’ensemble ! On repartait de zéro ! Rassurez-vous, notre homme ne s’en laissa pas compter, il examina une à une les cent cinquante valises, mesurant au pied à coulisse, les passant au marbre et à la règle rectifiée, n’ayant pu se doter d’un comparateur électronique à visée laser. Cet examen, cette recherche scientifique aboutirent trois mois plus tard à l’élaboration d’une communication, qu’il jugea plus prudent dans un premier temps de garder pour lui.


Elle était sans appel, toutes les valises aboutissant à sa consigne sortaient d’usine, sans le moindre accroc, sans la plus petite bavure. Il n’y avait donc aucun risque.


Mais, au nom du sacro-saint principe de précaution, au cas où un objet présenterait des défectuosités, il fut décidé par l’autorité compétente, que chaque arrivage, sans la moindre exception, serait soigneusement contrôlé par l’opérateur qualifié, à l’aide des moyens techniques conséquents mis à sa disposition par lui-même. Si un objet s’avérait défectueux, il serait immédiatement retiré du circuit habituel et entreposé dans un espace prévu à cet effet, sur la tranche, côte à côte, poignée visible sur le dessus. Pas con, hein !


Cet épisode édifiant montre d’une manière éclatante, que ceux qui affirment avec une grande légèreté que Chichitou 1er n’a jamais fait le moindre effort pour la recherche scientifique, ne sont que de vils calomniateurs, qu’il convient de clouer au pilori, avec toute la sévérité que requiert leur attitude inqualifiable, avant que leur rouerie ne trouve l’ultime aboutissement qu’ils ont amplement mérité.


Après une telle période de labeur exaltant, notre petit homme était comme transformé, j’ose même dire : révélé ! D’ailleurs sa femme ne le reconnaissait plus, elle avait épousé le premier clampin venu, elle se retrouvait avec un gourou digne de la Revelation. Attention aux coups d’épingle cependant, les baudruches y sont très sensibles !


Après cette longue période enivrante, les mois passèrent dans une routine apaisante, les valises continuaient de s’entasser, personne ne semblait s’en préoccuper. Un an et un jour après le premier dépôt, l’employé eut la surprise de la visite impromptue de Chichitou 1er, il était accompagné de la fidèle Véro pour une fois entièrement libre de ses mouvements. Elle lui montra les centaines d’objets identiques savamment alignés, scientifiquement entassés, il apprécia en connaisseur et félicita l’employé pour son sens de l’initiative.


Tout à sa joie, celui-ci ne remarqua pas le curieux manège du grand homme, qui tout en toisant les piles, retenait à grand peine de curieux gloussements. Il s’arrêta, son corps tressaillait, un coude sur une pile, l’autre main tentant maladroitement d’étouffer une quinte de rire, il eut le temps de souffler : « vite une corona ! » Véro sortit prestement de la petite glacière qu’elle portait à la main un de ces flacons si prisés du grand homme, elle le décapsula avec adresse et le lui tendit dans le même mouvement, il s’en empara brutalement et but la canette d’un trait !


Enfin apaisé, il déclara vouloir passer aux choses sérieuses, le scientifique évidemment ne comprenait plus rien, la science a ses limites. Le roi de Chiraquie ne riait plus, sur un ton sévère il s’enquit de la présence en ces lieux du juriste maison. Véro bredouilla quelque chose que le scientifique ne saisit pas. « Comment ! Que me dites-vous ? Parti faire du trekking dans l’Himalaya ! Il choisit bien son moment celui-là ! Comme si moi, j’avais l’audace de rester me prélasser au Québec quand tout va mal ! »


Chichitou 1er entra dans une colère noire, à cet effet il sortit de ses gonds, blanc d’une rage difficilement contenue ! Curieusement, un pâle sourire satisfait se dessinait de temps à autre sur ses lèvres frémissantes. Un tic nerveux pensa le scientifique. La science fait des progrès constants, la couillonade itou ! Réunir d’urgence le cabinet ? « Bonne idée ma petite Véro, mais où sont-ils ces bons à rien ? Ils courent la gueuse ou le guignedoux, se gobergent royalement, en loucedé c’est heureux, on n’est pas concernés ! J’ai l’impression qu’une fois de plus, nous allons être obligés de nous débrouiller avec les moyens du bord ! »


Le roi de Chiraquie et sa fidèle assistante s’éloignèrent peu à peu, s’entretenant à voix basse. Au bout de longues minutes, qui lui parurent des siècles, le couple revint vers l’employé, qui leva la tête timidement, attendant la royale sentence.


Chichitou 1er prit la parole avec toute la force de persuasion que tout un chacun lui reconnaît : « mon brave, je viens de prendre une décision difficile qui vous concerne. Tous les objets entreposés dans cette consigne deviennent propriété de la Chiraquie au bout d’un an et un jour. Dans sa grande bonté, notre royale suffisance a décidé d’en faire profiter les nécessiteux de la Chiraquie, souffrant d’un handicap qui dépasse mon entendement. Ils auront droit à deux mallettes par personne. Afin que vous puissiez les reconnaître sans peine, une carte spéciale leur sera délivrée par nos soins, elle portera en grand la mention RPR, qui signifie Ranidé Particulièrement Rare. Est-ce bien clair mon ami ? »


« Y’a pas de lézard », répondit l’employé avec satisfaction. Chichitou 1er tourna les talons, se dirigea vers la porte suivi comme son ombre par la fidèle Véro et sa petite glacière. Dans le couloir, l’employé entendit distinctement : « Véro, vite une corona ! » Les choses reprenaient leur cours normal, le scientifique en soupira d’aise.


La morale de cette histoire, véridique en tous points, n’en est pas une, ou alors elle n’est pas édifiante : « donne une valise de billets à un pauvre le fera vivre quelque temps, apprends-lui à en voler le rendra riche ! »

Un point d'histoire récente enfin élucidé ! dans Liens mp3 Les Copains d’abord

 

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Les médecins de Molière sont parmi nous !

Posté par emmanuelesliard le 10 juin 2010

- En restant dans la région, j’ai une autre histoire à vous raconter, elle concerne une personne que j’ai eu la malchance de côtoyer pendant quelques années, je vous rassure, à mon corps défendant : mon ancien médecin généraliste.
- Nous craignons le pire, quand des grands professeurs se permettent de déconner grave, il faut s’attendre à tout dans la médecine d’en bas !
- Vous faites bien d’envisager l’ultime degré sur l’échelle de Manu ! C’est un mauvais médecin, qui se permet de faire ses visites à domicile dans une grosse Mercédès. Ça eut payé, la mauvaise médecine, mais ça paye plus, c’est ce qu’il a dû se dire, quand avec ses confrères, il a réclamé et obtenu une grosse augmentation de leurs honoraires.
- J’appelle ça une prime à la démission, de moins en moins de généralistes assurent leur obligation morale de garde de nuit ou de week-end, ce qui réduit évidemment leur revenu. Que penserait-on d’un salarié travaillant de nuit avec une prime liée à cette contrainte, qui revenant à un travail diurne, exigerait le maintien de l’avantage, tout le monde dirait qu’il charrie et son patron l’enverrait paître ! Quand je vois ça, je me dis qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre société française !
- C’est sans doute la prime au cossard et à l’irresponsable ! Mais ton copain charlatan, que veux-tu, s’il fait ses visites en Mercédès, c’est qu’il n’a pas les moyens de s’offrir une petite voiture. Avec l’augmentation il va pouvoir s’en payer une !
- Comme dans rave, plus que rêve il y a betterave, dans un cabinet médical, on ne peut mieux le nommer, les lieux d’aisance ne sont pas toujours situés au bon endroit. Ceux qui ont l’habitude de lire en attendant la délivrance peuvent être légitimement perturbés, voire se retrouver dans une situation embarrassante !
- Une confusion difficile à soigner, un outrage impossible à essuyer, un affront non remboursé par la sécu.


Ce jour là, il fallait absolument que je consulte un généraliste. Mon praticien habituel était tout indiqué pour cette indispensable corvée. En réalité, c’était le remplaçant du médecin de famille de mes parents, par une curieuse fidélité qui m’étonne encore aujourd’hui je perpétuais la tradition familiale. Je ne le connaissais pas réellement, en dix ans je n’avais eu besoin de ses services que deux ou trois fois pour des broutilles. Comme il arrivait normalement à neuf heures, je me rendis au centre médical à huit heures vingt-cinq, afin d’expédier au plus vite cette contrainte, le travail m’attendant avec une impatience non dissimulée.


En pénétrant dans la salle d’attente, j’eus comme un choc ! Elle était quasiment pleine ! Je repérais néanmoins une chaise bizarre, surprenante, au style plus qu’incertain, elle ne dénotait cependant pas au milieu des sièges disparates qui meublaient le salon style rat médical et elle se trouvait miraculeusement libre, curieux me dis-je ! Je compris vite pourquoi. Mentalement, je remerciais les bambins qui avaient préféré les genoux accueillants de leur maman, au charme rustique du siège, quelle imprudence ! Très vite, je regrettais ma virtuelle gratitude tant l’objet saugrenu sensé me supporter s’avéra aussi branlant qu’inconfortable.


Je m’en voulus également de m’être installé aussi inconsidérément, pas moins d’une douzaine de personnes me précédaient dans la consultation. La matinée n’y suffirait pas. Comment allais-je expédier les affaires pressantes, urgentissimes dirait le cadre pédant, avant le début de l’après-midi ? Me lever, tenter ma chance auprès d’un autre médecin ? L’idée me tourmenta quelques minutes, mais j’hésitais ! À la crainte d’affronter un praticien tout à fait inconnu, s’ajoutait celle d’y rencontrer un aussi bel embouteillage.


Un silence pesant, les angoisses pour ma chaise s’en accroissaient d’autant, avait succédé aux joyeuses, quoique contenues, réparties que s’échangeaient les personnes de connaissance. Il était neuf heures trente, pas la queue d’un toubib à l’horizon, trois nouveaux candidats à l’attente indéterminée s’étaient joints à notre équipe, dont le moral s’effritait de minute en minute. Un des derniers arrivants sortit au bout de dix minutes en grommelant des propos incompréhensibles, certainement inconvenants, il n’avait pas l’air content ! D’aucuns trompaient leur impatience en feuilletant distraitement les édifiants magazines surannés, qui encombraient la table basse avachie au milieu de la pièce.


Un événement inattendu se produisit un peu plus tard, la secrétaire ouvrit la porte en parlant à une personne que je ne faisais qu’entrevoir : « voyez, il y a des gens debout, avec lui on ne sait jamais, il est toujours en retard ! L’autre docteur qui doit venir ? Il était de garde cette nuit, il a laissé un message indiquant qu’il ne serait pas là avant onze heures… », le reste se perdit dans le bruit de la porte fermant nos espoirs et dans le cotonneux du corridor. Cette épisode bien venu pour détendre l’atmosphère délia de nombreuses langues, des éclats de rire fusèrent, quelques réflexions acerbes également, mais la douce voix sage, quoiqu’un tantinet chevrotante, d’une vieille dame rétablit l’ordre qui devait régner dans cette pièce, sous forme d’un sentencieux conseil obligatoire : « oui mais, qu’est ce qu’il est sympathique ! Toujours un mot gentil pour chacun, il ne s’énerve jamais, prend son temps et s’il n’est pas sûr du diagnostic, il vous demande de revenir plus tard, de peur de se tromper, c’est le meilleur docteur que j’ai jamais connu, tout le monde devrait s’en rendre compte ! »


Circulez, y a rien à voir ! Je me sentais vraiment mal. L’avantage, c’est que je ne pensais plus au travail, enfin presque plus ! Je vouais aux gémonies les commandes qui allaient me passer sous le nez, l’engueulade qui me tomberait dessus à mon retour, aussi sûrement que les morpions sur le bas-clergé breton. Tout le monde semblait moulu, éteint, accablé, résigné. Seul un bambin agressif s’agitait convulsivement, fatigant inutilement l’entourage de l’origine du monde, le pouce droit consciencieusement placé dans la bouche, le regard torve fixant effrontément tour à tour ses voisins les plus proches.


Il se produisit à dix heures quarante-cinq un évènement que personne n’espérait plus, ne serait-ce qu’entrevoir de son vivant. Le bruit de la serrure de la porte attenante réveilla l’équipage désespéré et résigné de la salle d’attente, plusieurs « enfin » se firent bruyamment entendre. Après un temps qui nous parut interminable, notre porte s’ouvrit dans un bruit de délivrance, encadrant un visage souriant, souligné d’un frais et joyeux : « bonjour mesdames, bonjour messieurs, c’est à qui ? ». Le grand homme ne releva pas l’ironique « bonsoir docteur » lancé par un mauvais plaisant.
Cette arrivée tardive avait eu le mérite de détendre la lourde atmosphère du salon d’attente, qui aurait mérité l’appellation « salle de tortures ». Au bout d’un quart d’heure, les conversations devinrent plus rares, elles s’éteignirent tout à fait cinq minutes plus tard. Vingt-neuf minutes, tel fut le temps de la première consultation ! Malgré la période hivernale et le chauffage d’une intensité frisant la pingrerie caractérisée, des gouttes de sueur perlaient sur mon front, je vis plusieurs de mes collègues en persévérance s’essuyer également le visage. La tension redoublait d’intensité, à voir le regard effaré de ma voisine, j’augurai de la conduite immédiate en psychiatrie d’une partie de mes compagnons d’infortune !


En même temps que la porte d’à côté, j’entendis de nombreux soupirs de soulagement, la deuxième consultation n’avait pas duré plus de cinq minutes ! Je sus plus tard par la secrétaire, qu’à son arrivée plusieurs personnes attendaient patiemment dans leur véhicule l’ouverture du centre médical, quelques minutes avant huit heures. Plus de trois heures d’attente, pour ce qui devait être un simple renouvellement d’ordonnance ! Elle était digne de recevoir la médaille du mérite médical cette brave dame, au moins la grand-croix !


- Oui, mais ton gougnafier n’aurait pas pu la faire passer à la caisse, si elle s’était contentée de venir chercher le papelard à l’accueil ! Avec quoi il payait sa Mercédès, sans parler d’une petite voiture en prime ?


Comme d’habitude, Zorro avait raison, je compris à cet instant pourquoi il n’avait jamais fait médecine ! Mais revenons à notre salle d’attente pas très nette. Au bout de cinq heures passées à me morfondre, mon tour vint, enfin !


L’éminent praticien m’examina pendant quelques minutes. Après avoir palpé, contemplé sous plusieurs angles avec une attention particulièrement soutenue, stétoscopé, tensionné, il recula de deux pas sans cesser de m’observer. La main droite sur le menton, il se caressait frénétiquement la joue avec l’index. Il avança d’un pas, se gratta l’occiput avec la main gauche, puis pivotant sur la droite, il me fit l’offrande de son meilleur profil. J’avais pénétré dans son bureau, je le reconnais bien volontiers, un peu abruti, si, si, je sais c’est difficile à croire, petit à petit son attitude fit sourdre en moi un sentiment d’inquiétude. Mais là j’esquissais un sourire ironique, je me dis que la tenue des médecins de Molière lui siérait à merveille, surtout le grand chapeau pointu. Il me tourna le dos sans que j’y sois pour quelque chose, se massant consciencieusement la nuque et l’occiput avec la paume de la main. Le geste devint de plus en plus endiablé, avec l’autre main il décrocha le téléphone, resta interdit quelques secondes le combiné immobile en l’air, puis le reposa sur son socle. Il ouvrit le Vidal, le feuilleta nerveusement, fit un pas de côté. Le massage de la nuque était de plus en plus désordonné, il titubait maintenant.


Soudain, j’eus la révélation de ce qui le tourmentait si spectaculairement. Il tentait de prévenir une entorse du cervelet, comme on essaye d’enrayer une crampe naissante sur un terrain de sport. À force de se triturer les méninges, c’était fatal, l’entorse du cervelet le menaçait, plus sûrement que la justesse de son diagnostic. Quelle triste destinée, pensais-je, docteur en médecine et la cervelle en charpie, l’atavisme quoi !


Il réussit à s’asseoir, je ne compris pas les borborygmes qui sortaient péniblement de sa bouche, dorénavant complètement de traviole, avec un bout de langue irrévérencieux pendant du côté le plus bas. Sur la pointe des pieds, je m’approchais doucement du bureau du nouveau Caligula Minus, m’assis sur une chaise, en évitant de la faire craquer. Dans son état je ne voulais pas l’effrayer. Ça l’aurait achevé !


Après cinq minutes d’efforts intensifs, il me tendit difficilement une ordonnance. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’elle était parfaitement lisible ! Ce qui démontrait la gravité de son affection. Soudain tout changea, le billet que je lui tendais en échange de la feuille de sécu eut un effet salvateur quasi miraculeux, la bouche reprit sa position habituelle, la langue se souvint opportunément des devoirs de sa charge chez un communicant médical, le geste devint net et précis, la parole sûre et aimable, j’avais retrouvé mon VRP de la santé. Je poussais un véritable « ouf » de soulagement, car son étrange affection avait entraîné une profonde affliction bien compréhensible. En dépit de mon petit problème de santé, c’est tout guilleret que je quittais le cabinet.


En sortant de la maison médicale, je croisais l’accorde jeune femme de l’accueil qui venait reprendre son service après déjeuner. Comme les pharmacies n’ouvraient que quelques minutes plus tard, je me surpris à deviser gaiement avec la charmante greffière. Elle doucha rapidement mon enthousiasme tout neuf, qui avait eu l’immense mérite de me faire oublier l’odieuse matinée ainsi que mon mal, « c’est incompréhensible, quasiment personne ne se plaint ! Son comportement est inadmissible, il donne une mauvaise image de la maison médicale, à votre place je changerais de médecin » disait-elle fort courroucée. Je bredouillais qu’il était bien sympathique et que c’était sans doute un bon médecin, « ça reste à démontrer » répondit-elle du tac au tac, très péremptoire. Je ne me sentais pas bien du tout, le prétexte de la pharmacie me permit d’abréger courtoisement mon supplice. Je me dirigeais vers ma voiture en titubant à mon tour, complètement sonné.


Dès le lendemain, je pus vérifier la justesse de son jugement, la fièvre monta subitement, le confrère du VRP appelé en urgence m’expédia illico à l’hôpital. Quelques heures de plus et je rejoignais mes ancêtres. J’aimerai bien les connaître mais rien ne presse ! Les dix jours passés dans le service des maladies infectieuses, puis la longue convalescence, me firent prendre conscience que ce jour là, j’avais enfin compris la signification du mot « patient ».


- Je connaissais cette histoire, mais pas ta longue journée chez le charlatan, il exerce toujours ?
- Plus que jamais, la différence c’est que je ne participe plus au financement de ses grosses bagnoles.

 

Les médecins de Molière sont parmi nous ! dans Liens mp3 C’est beau la vie

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11 septembre 2001 : la grande peur de l’an 2000 avait une année de retard !

Posté par emmanuelesliard le 28 mai 2010

Manu remarqua tout de suite l’embarras du loufiat, Quess n’avait pas l’air dans son assiette ce soir là. Une contrariété tourmentait son esprit, le minait de l’intérieur. Une vigoureuse thérapie s’imposait : un simple signe de Manu à ses amis les convainquirent en bonne intelligence de garder le silence. Il désirait l’inciter à s’exprimer sans avoir l’air d’y toucher, sur un sujet qu’il pressentait, sans pour autant bénéficier d’un quelconque don de voyance, ni d’un verre de cristal en forme de boule. Le simple résultat d’une analyse psychologique événementielle des plus élémentaires.
- New York, New York ! Deux petites tours et puis s’en vont ! Quels monstrueux attentats !  Pas bon du tout, si les ricains déconnent comme ils en ont la triste habitude dans les grandes occasions, ils sont capables de déclencher une guerre mondiale, pour outrage à maître du monde !
- Pas de doute, il convient de s’y préparer sans perdre un instant, mais ce qui m’a le plus étonné, c’est la remise en cause de toutes nos connaissances en balistique.
- Tu vas pas nous faire le coup des experts consultants des chaînes de télé pendant les guerres ?
- Non, je ne suis qu’un péquin de base qui constate que notre gigantesque savoir en la matière s’en trouve bouleversé ! Rendez-vous compte, un boomerang lancé en Afghanistan, semble-t’il par inadvertance, peut vous revenir dans la gueule aux USA, quinze ans plus tard ! S’était-il mis sur orbite ? Certains affirment l’avoir vu passer au Soudan, au Kenya, en Tanzanie, dans un tas d’endroits ! Les mains m’en tombent ! Que croire, qui croire ?
- C’est désarmant !
- Ils avaient activé une bombe à retardement, le top du top, à fragmentation ! Rien n’est trop beau pour les ricains !
- Pourquoi se fâcheraient-ils maintenant ?
- Absence de fair-play, mesquinerie légendaire, pression des marchands d’armes, Rambo n’a jamais accepté d’être mis au rancart, Mickey chez eux n’est pas en trois dimensions, une seule leur suffit, ces crétins portent sans cesse des œillères !
- Les réservistes vont être rappelés !
- Aux États-Unis ?
La voix de Quess était devenue blanche, quasi éteinte. Le fruit semblait mûr désormais, la cueillette pouvait commencer, instant rare et délectable. Nos amis s’y employèrent avec la science et la patience du pêcheur s’efforçant de ramener une grosse prise certes fatiguée mais particulièrement rétive.
- Pas uniquement, en France aussi, jusque cinquante ans paraît-il ! Ils en ont parlé à la radio.
- Ce,…, c’est pas possible, la loi dit que le maximum est de quarante-cinq !
- Je t’assure, vu que pour les jeunes le service militaire était devenu quasiment facultatif, maintenant tout à fait ! Il faut compenser avec les vieux, le temps de remettre la machine en route. Au fait patron, tu as quel âge ?
- Quarante-huit !
- Aïe, aïe, aïe ! Mais rassure-toi, les plus de quarante ans seront versés dans la défense passive : organisation des abris, nettoyage des décombres. Il y aura de la barbaque bien dégoulinante à nettoyer un peu partout, faudra refaire les tapisseries, du travail pour les petites mains habiles, les compétences seront recherchées. Tu t’y connais en papier peint ? Remarque, le rouge si on aime, ça flashe ! C’est une couleur qui explose au premier regard.
- Avec un peu de chance, tu te sentiras en pays connu, au pied de la tour Montparnasse, le nez en l’air à surveiller le ciel. Le soir, tu pourras aller faire un tour « à la ville de Guingamp », pour t’enfiler une ou deux brassées de Mort-Subite, de grenadines à la rigueur si tu veux garder l’esprit éveillé en cas de coup dur. Tu seras heureux comme un prince, loin des soucis quotidiens, des aléas du petit commerce et de la facture du garagiste après la révision de la grosse Mercédès. Côté féminin, crois-nous c’est gratiné, dommage que tu saches pas claquer les doigts !
- La vie rêvée quoi ! C’est quelque chose la guerre, quand t’es planqué à l’arrière. T’as le choix, te beurrer la gueule tous les soirs ou te remuer les orteils en cadence jusqu’au bout de la nuit. La plupart des femmes aiment les héros, même s’ils sont de pacotille, à défaut des premières tiges sujettes aux aléas des permes rares et courtes, elles se rabattent sur le tout venant, avec l’avidité de vaginales frustrées. Si t’assures que moyennement, elles considèrent que c’est toujours mieux que rien, à toi de leur prouver que si le ravissement se fait rare, il n’y a pas que les prix qui montent en flèche. Dans ces conditions, un monticule se transforme en Everest, une léchouille clitoridienne se métamorphose en met raffiné, une brouette de Zanzibar à la roue un soupçon voilée se change en carrosse royal, une posture inconfortable t’élève au rang de pédagogue averti, expliquant amoureusement les subtilités de la guerre de positions, une audace animale réputée contre nature, douloureusement effectuée, devient une extase inégalée, sans que le sujet soit le moins du monde maso, une série droit au but entraîne une béatitude émerveillée ! Que demande le peuple ?
- Ne te laisse quand même pas trop, ni surtout trop souvent entraîner dans l’ivresse du transport, sinon tu ne pourras plus t’en défaire ! Elles s’accrocheront avec l’avidité des morpions sur le bas-clergé breton. Après, pour s’en débarrasser c’est la croix et la bannière. Tu serais obligé de demander ta mutation au sommet de la tour, comme guetteur de première ligne, fonction qui réclame un don complet de soi, autant de préparation et de concentration qu’à un chasseur, le jour de l’ouverture de la chasse à la galinette cendrée.
- Ton premier retour en permission se fêtera comme il se doit, champagne et petits fours avec la famille et les voisins pour commencer, en amuse-gueule quoi ! Gueuleton et orgie ensuite, pour nous et nos nombreuses amies. Il faut bien que quelques uns se dévouent pour distraire, consoler les veuves, garder le moral de celles qui ont oublié que leur mari ou compagnon était vraiment parti au front trois mois auparavant et non pour acheter un paquet de cigarettes au tabac du coin de la rue. En temps de guerre, il n’y a rien de plus important que le moral de l’arrière, nous nous sacrifions pour ce travail ingrat, mal payé, toujours injustement déconsidéré. La gloire ? Non monsieur, non madame, le patriotisme le plus pur guide notre action ! Nous laissons les honneurs et les colifichets aux ambitieux et aux opportunistes.
- Vive la guerre et les orgies !
- Vive le tabac du coin de la rue !
- Vive Quess et tous les chasseurs de galinettes cendrées !
- C’est parti comme en quatorze, on les aura ! On sait pas qui, on sait pas quoi, mais on les aura. La fête terminée, enfin pour toi que le devoir appellera, nous te conduirons à la gare avec fanfare et majorettes. C’est pas maintenant qu’on va te laisser tomber, notre amical souvenir ne sera pas un vain mot. J’espère simplement que nous n’aurons pas affaire à un ingrat, ni à un vulgaire pignouf. Ton sens aigu du commerce bien compris t’incitera à laisser des instructions circonstanciées à qui de droit. Nous sommes même prêts à assumer la lourde tâche de fondés de pouvoirs.
- Confie nous les clés et tu trouveras à ton retour, l’établissement dans l’état où tu l’as quitté. Nous pouvons même améliorer la décoration, surtout dans les lieux d’aisance, c’est la spécialité de Zorro. Pars serein, on s’occupe de tout.
- Vous rigolez, vous rigolez, c’est pas vous qui allez partir ! Au fait pourquoi pas vous, qui êtes plus jeunes que moi, des pistonnés hein ? Toujours les mêmes qui dégustent, toujours les mêmes qui se sacrifient !
- Tout simplement en raison de l’absence totale de mobilisation générale en France !
- Hein, vous m’avez fait marcher ?
- Non, on t’a fait courir et à bride abattue !
- Jeanne Calment dans les mêmes conditions, la veille de sa mort, battait le record du monde du cent mètres toutes catégories confondues !
Quess se rendait compte qu’il avait été berné. Le choc était si rude qu’un vertige le prit, il se massa le front de la main gauche. Entre soulagement et vexation, devait-il éclater de rire ou écumer de rage ? Aussi en commerçant prudent et avisé, se contentait-il de fulminer en silence, de ronger son frein en attendant des jours meilleurs, seules les mâchoires frémissantes, légèrement disjointes, traduisaient cet état. Il les aurait volontiers étranglés l’un après l’autre, lentement, posément, consciencieusement, dans l’ivresse d’une vengeance trop longtemps contenue. Au même moment, la pression lui cracha au nez des éclats de mousse, vestiges de nos consommations maintenant bien calées dans nos estomacs. Il lâcha un juron retentissant que l’on dût entendre à un kilomètre à la ronde.
- On t’a demandé trois mousses, pas la table des matières !
- Maintenant, énervé comme il est, il va mettre une plombe à changer le fût. Quess, file-nous cent balles, on va voir la concurrence, quand tu seras calmé, on reviendra !
- Je ne vois pas ce qui a pu le contrarier à ce point, vous avez une petite idée ?
- Aucune ! Peut-être la blanquette qui n’a pas trouvé sa place entre les douze pastagas, le kil de rouge et les quatre calvas de ce midi ?
- Je penche plutôt pour le café, qu’il a glissé sournoisement entre le troisième et le quatrième calva, afin de laisser croire à Nic qu’il s’agissait du premier.
- Vous n’y êtes pas du tout ! C’est la farine de la sauce qui était périmée, ça ne pardonne pas, bonjour la gastro !
- A moins qu’il ne s’agisse de la farine du pain. Je dirai deux mots à « La Boulange », lors de sa prochaine visite ! Pour qu’il arrête enfin de picoler. Y en a marre de ses pains spéciaux à l’alcool pré-digéré ! Une fois de plus, il a dégueulé dans le pétrin. Ah, il va m’entendre ! Qu’en penses-tu, Quess ?
- Ce que j’en pense ! Si vous ne valiez pas à vous trois, cinquante pour cent du chiffre du bistrot, il y a longtemps que je vous aurais virés à coups de lattes !
- Répondez pas ! Il n’est pas dans son état normal. Un peu grincheux, il cherche à nous vexer, mais ça ne prend pas. On n’est pas nés de la dernière pluie.
- Ni de la dernière bière !
- Vous voyez, il s’aigrit. Il se fait du mal tout seul. Acariâtre tendance suicidaire ! Demandons discrètement à Nic de le surveiller constamment les prochains jours ! Je ne voudrai pas avoir sa mort sur la conscience. Quand on peut aider un pauvre malheureux dans la détresse, l’hésitation n’est pas de mise. La solidarité est un devoir du vin entre les hommes, euh, je voulais dire divin ! J’te dis pas le paquet d’indulgences plénières que tu ramasses !
- Ça nous fait une belle jambe, je pencherai pour une brassée de demis à la place de tes indulgences. Ce que le clergé perdra, les brasseurs y gagneront. J’aime autant qu’ils évitent la faillite, que leurs ouailles restent fidèles. Y en a marre de ces curés, qui n’offriront jamais de vin de messe à leurs paroissiens, ne serait-ce qu’une petite lichette. Ils s’étonnent après, de la désaffection de leurs contemporains dans les églises, hypocrites va ! Jésus partageais lui, le pape non ! S’il tend la main, c’est pour que tu l’aides à se relever ou pour que tu lui refiles un gros biffeton, à moins de cinq cents balles pas de salut ! Je sais, la vie est dure pour tout le monde. Lui, comme Seillière, ne vit pas de prières et d’eau fraîche, mais de contributions volontaires conséquentes et de vin de messe en quantité raisonnable.
- Alors beau militaire, tu le mets en perce ce fût tout neuf ou tu pars au front sans attendre ?
Pierrot finissait à peine sa phrase, que le contenu de la chope d’eau, rinçage habituel du coupe-mousse, se déversa sur son front surpris, mouillant par l’application de la loi de la pesanteur liquette et jeans à satiété, maintenant ainsi au frais pour quelque temps des outils qui devraient, paraît-il, toujours y être. Cette douche surprise eut pour effet de couper la parole de l’arrosé, le visage dégoulinait, aucun son ne sortait de la bouche entrouverte. Notre Pierrot, devenu muet, mit un temps, qui dut lui paraître une éternité, avant de descendre péniblement de son tabouret. D’une démarche flottante, il prit la direction de la porte des toilettes.
Pierrot dorénavant à l’abri des regards, la lumière crue des feux de la rampe nous éblouissait, jusqu’au trouble manifeste. Nous ne savions quelle attitude adopter ! L’auteur de l’agression n’était pas plus vaillant, il se demandait s’il n’avait pas dépassé les bornes. Nous ne voulions surtout pas prendre le risque de blesser notre ami, par les éclats de rire que nous maîtrisions à grand peine. Aussi, par accord tacite, nous attendîmes son retour à la dignité. L’humiliation quoique essuyée était loin d’être sèche, mais son visage s’éclaira d’un léger sourire quelque peu contrit qui donna le signal. Nos mines s’illuminèrent, quelques gorgées plus tard nous nous esclaffions bruyamment, bientôt imités par un Quess régénéré et soulagé par la tournure des événements.
- La douche était bonne ? C’est excellent, un peu de bière, pour le rinçage après un shampoing !
- Le problème, c’est que tu as oublié le shampoing. Donc, je ne paye pas une prestation aussi salopée. Je me verrai plutôt réclamer des dommages et intérêts pour préjudice moral, trois fois rien, une poignée de formidables par exemple !
- Puisque je me suis bien défoulé, je vais être bon prince, je vous offre à chacun une pinte de spéciale et sans faux-col !
- Merci mon prince, tu es formidable, pour une fois que tu es à moitié sérieux, ou l’inverse !
- Plus que sérieux ?
- Il n’est pas si coincé que ça, notre loufiat en chef ! Beaucoup moins que la gripsous bavarde qui ne sait pas rigoler. La moindre fine plaisanterie est une atteinte à sa dignité, pas en tant que femme, elle en ignore la subtile quintessence, mais en tant que « madame la patronne » !
- C’est logique, elle place la dignité où elle en manque le plus ! Comme vous dès le quinze du mois, l’argent n’est plus qu’un souvenir, une évocation ! Pourtant, votre générosité naturelle vous pousse à sortir votre porte-monnaie sans retenue, comme si vous étiez richissime.
- On te retourne le compliment Manu. Notre dignité est inattaquable, aucune raison de mollir, Quess ! Avec un tel soutien psychologique, nous ne craignons rien ! Une tournée de spéciale à la clé, des pintes qui plus est, tu es le mec plus ultra de la limonade costarmoricaine !
- Un début de pintée, quoi !
- Stylée, à l’image de notre loufiat en chef. Parfois même un peu trop, quand il manque de la rondeur habituelle, de l’onctuosité vinicole rituelle, contrôle serré occasionnel de l’alcoolémie journalière par Nic oblige, il lui arrive d’être aussi raide qu’un british !
- Please, three pints of lager !
- Et sans faux-col, pas comme la dernière fois où elles étaient plutôt half tes pintes ! Des bières sont réclamées instamment, pas des verres de mousse. Si l’envie nous suggère quelque chose qui ressemble à de la chantilly, on avise le glacier le plus proche !
- Mais, si la conversation prend un tournant britishant, c’est pas évident que le tavernier vous comprenne !
- Ils sont bien fournis côté glottes maintenant, surtout Quess en raison d’une lubrification constante de bon aloi.
- Et polis avec ça !
- Pas comme Nic, ni polie, ni glotte !
Une fois de plus l’inéluctable venait de se produire : à force de vouloir péter plus haut que le fondement, la chute devient prévisible, la honte barrant le front d’une rougeur suspecte. Rassurons tout ce petit monde, les dents des ambitieux rayant le parquet des ambitions n’ont jamais empêché la cireuse de le faire reluire, plus éclatant que la veille, un peu moins que le lendemain !
L’ambitieux n’a pas peur du ridicule, à ses yeux avertis il ne tue que les jaloux. Ils peuvent rire sous cape, il est persuadé qu’ils finiront par s’étrangler. Son aveuglement ne le gêne aucunement, c’est son éthique personnelle, mais il ne faut pas lui briser ses illusions ! Si son ego, supérieur dans sa dimension, lui laisse le loisir de se rendre compte que l’exquise félicité du pouvoir, les fabuleux avantages de toute position en vue, relèvent plus du fantasme que de la réalité, que le respect qu’il revendique avec force ne s’octroie pas automatiquement, mais uniquement aux gens respectables, alors c’est la fin de son monde virtuel, tout s’écroule !

11 septembre 2001 : la grande peur de l'an 2000 avait une année de retard ! dans Liens mp3 Mouloudji Le Déserteur

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Bonjour tout le monde !

Posté par emmanuelesliard le 17 mai 2010

Juste quelques mots pour ce premier article.

Tous les commentateurs sont les bienvenus, les contradicteurs ne risquent en aucun cas l’expulsion, contrairement à un certain Eric B.  je n’entretiens pas de centres de rétention. Aussi, soyez sans crainte surtout si vous n’êtes pas sans reproche, parce que ça fout la trouille, les hommes parfaits !

Vous pouvez parler de tout et moi de rien, que voulez-vous c’est le privilège du blogueur !

Au plaisir de vous accueillir et de vous lire.

Manu.

Bonjour tout le monde ! mp3 Loguivy de la mer par François Budet

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