Un dessin d’Alecos Papadopoulos pour CHARLIE

Posté par emmanuelesliard le 11 janvier 2015

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Je suis CHARLIE !

Posté par emmanuelesliard le 10 janvier 2015

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Les nouveaux mutants du Tour !

Posté par emmanuelesliard le 8 juillet 2013

Froome aussi puissant qu’Armstrong et Ullrich en 2003

Dans un article publié par lemonde.fr  de ce jour Antoine Vayer démontre cette affirmation.

Antoine Vayer, ex-entraîneur de l’équipe Festina, décrypte pour « Le Monde » les performances des coureurs dans les Pyrénées.

 

Les coureurs en compagnie du maillot jaune Chistopher Froome (Sky) lors de la 9e étape entre Saint-Girons et Bagnere-de-Bigorre, le 7 juillet.

 

« Impossible de gagner le Tour sans dopage. » Le bilan chiffré de ce début de course contredit-il la réponse affirmative formulée dans ces colonnes par Lance Armstrong ? Négligeons les vitesses moyennes, même si un contre-la-montre par équipes à 57,84 km/h et une moyenne générale qui frise les 41 km/h laissent dubitatif. Ce qui compte, pour mieux appréhender l’état sanitaire du peloton, ce sont les puissances en montagne. Deux radars étaient placés dans les Pyrénées : la montée d’Ax 3 Domaines samedi 6 juillet et celle d’Hourquette dimanche. Qu’indique leur relevé ? En deçà de 410 watts, c’est sans garantie mais humain, entre 410 et 430, c’est suspect, jusqu’à 450 miraculeux, et au-delà mutant.

Dans le premier grand col (Pailhères, niché à plus de 2 000 m) qui précédait la montée d’Ax, derrière le Colombien Quintana à 390 watts, certains des 27 coureurs, avec 372 watts, n’ont pas fait que s’échauffer pendant 47’58 » avant d’aborder Ax. Ils ont enfin fatigué ! Des coureurs comme l’Irlandais Daniel Martin et le Français Jean-Christophe Péraud ont ainsi fini placés avec 401 watts dans ce premier radar d’Ax qui concluait l’étape, en 25’47 », après cinq heures d’efforts.

Combiné au fait que le rendement de bon nombre de leurs adversaires, y compris français, est étonnamment inférieur de 10 % voire 20 % (pourcentage de gain estimé grâce aux produits dopants) par rapport aux années précédentes, cela a permis, dimanche, grâce à une course de mouvement initiée par son équipe Garmin, au grimpeur irlandais de remporter l’étape sans être « flashé », dans la montée d’Hourquette, au-dessus de 380 watts. Peut-on briller sur le Tour 2013 sans se doper ? La réponse est oui.

PERFORMANCE QUASI MUTANTE

Mais Chris Froome, lui, est là pour gagner. Il a donc relégué Dan Martin à Ax à 2’34 », sur la seule montée finale en développant 446 watts. D’autant plus inquiétant que cette performance quasi mutante le place à seulement deux petits watts de la prestation effarante du duo Armstrong-Ullrich en 2003, alors « chargés comme des mules ».

Deuxième coureur flashé dans la montée d’Ax : son coéquipier Richie Porte avec 435 watts miraculeux. La Sky n’a pas touché terre samedi. Derrière eux, quatre coureurs ont été pris à des puissances suspectes entre 411 et 420 watts : Mollema, Ten Dam, Nieve et Valverde. Deux Hollandais de la défunte et sulfureuse équipe Rabobank et deux Espagnols. Lors du Tour d’Espagne 2012, les Ibériques Valverde, Contador et Rodriguez avec plus de 420 watts moyens et suspects sur les cinq ascensions cibles avaient laissé Froome et ses 410 watts prendre la 4e place. Ils visent encore le triplé sur le Tour. Mais Froome veut gagner. « Impossible de gagner le Tour sans dopage ? » Vous avez la réponse.

Antoine Vayer

Antoine Vayer a publié le hors série Tous dopés ? La preuve par 21 à alternativeditions.com

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Il était une fois, … !

Posté par emmanuelesliard le 6 juin 2013

L’actualité se révélant tellement déprimante, je m’en vais vous raconter une histoire vraie qui montre qu’il y a encore quelque chose de bon en l’homme. Elle a pour héros un choucas, appelé également corneille des clochers.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Un jour de mai 2012, Tristan un amateur d’oiseaux de Lanleff (près de Paimpol en Bretagne) recueille un oisillon tombé du nid, il le nourrit, le soigne car une patte avait un peu souffert de la chute, rapidement il le pousse à s’envoler afin qu’il vive sa vie de choucas. Bientôt il survole le petit village, et choisit de se poser le plus souvent sur le temple, curieux monument en ruine qui est en réalité une ancienne église du Xème siècle composée de deux enceintes circulaires. Chaque soir il rend visite à son sauveur, comme pour lui témoigner sa gratitude, Tristan l’a baptisé Ludu et il est devenu la mascotte du temple auprès des habitants de Lanleff et des nombreux touristes qui s’y pressent.

 

Les jours , les mois passent, les suivants plus heureux que les précédents, jusqu’à une journée funeste fin décembre 2012, Ludu a disparu ! Tristan le cherche partout aux alentours, alerte la presse, les chasseurs, il avait pris soin de lui poser une bague sur une patte afin qu’il ne soit pas confondu avec … un autre ! Puis les contacts internet s’intensifient et Ludu est bientôt signalé au sud, à l’est, à l’ouest, pas au nord c’est la mer ! Mais les photos et les vidéos qui lui parviennent sont autant de fausses pistes et Tristan le coeur gros, se fait à l’idée qu’un mauvais sort lui est arrivé, qu’il ne le reverra jamais.

 

Mais vous savez déjà que cette histoire finit bien, sinon je n’aurais pas la cruauté ni le cynisme de la raconter en vous faisant croire le contraire. Au début du récent mois de mai, les surveillants d’un collège de Rennes remarquent un curieux attroupement dans la cour qui les surprend par son calme inhabituel. Ils s’approchent et aperçoivent les élèves jouant avec un oiseau ressemblant à une corneille, Anne la surveillante de peur que l’oiseau ne soit blessé s’empresse de le mettre dans un carton ajouré pour l’emmener chez elle. Mais elle s’aperçoit très vite que le choucas, elle s’était renseignée, ne supporte pas la belle cage qu’elle lui avait acheté. Pas question de le relâcher, sa sociabilité avec les hommes pourrait lui jouer de mauvais tours dans une grande ville comme Rennes. Et c’est son père Christian, qui lui suggère une solution, il a un ami grand connaisseur de volatiles, mais il réside près de Paimpol à 140 kms de là, qu’à cela ne tienne il prend le téléphone !

 

Cet ami s’appelle Tristan, et quelques jours plus tard la pseudo-corneille retrouve Lanleff. Son émotion est visible, il n’en croit pas ses yeux, malgré l’absence de la bague enlevée ou perdue, en dépit de l’amaigrissement, mais ces taches blanches au bout des ailes, une patte un peu tordue lui montrent qu’il s’agit bien de Ludu. D’ailleurs dès l’ouverture de la cage, il se pose sur son épaule, comme pour confirmer le retour du choucas prodigue et qu’il a de la mémoire et de la gratitude. Le lendemain il vole joyeusement au-dessus du village et du temple, avertissant bruyamment tout le monde qu’il est revenu. Depuis avec l’assurance d’un vieux loup de mer, il a agrandi son territoire.

 

Dès cet été, vous pouvez venir lui rendre visite du côté du temple de Lanleff, Tristan lui a posé une nouvelle bague à la patte droite, mais n’essayez pas de l’attraper, il a une si belle vie au-dessus des hommes, ne le rabaissez pas. D’autant qu’il n’y a qu’une chose que nous ignorons sur son compte, s’agit-il d’un choucas mâle ou d’une femelle ? Je n’ose suggérer de tenter le coup du frigo, à l’instar d’un vulgaire perroquet, d’autant qu’un choucas ne parle pas, quoique Ludu … ?

 

Ludu avec Tristan :

Lanleff. Ludu, le choucas, a été retrouvé... à Rennes

Un nez à bec des plus tendres, ou peut-être Ludu raconte t-il à son meilleur ami l’histoire de ses voyages extraordinaires ?

 

Mieux encore Ludu entre dans l’histoire officielle de la petite commune :

Guénola Jouanny, l'artiste a peint la toile « Le Temple déraciné » qui va orner un mur de la mairie.

 

Guénola Jouanny, artiste plasticienne, présente la toile du Temple de Lanleff exposée lors du dernier festival, Les routes de Lanleff. Cette oeuvre qui représente « le temple » déraciné par Ludu, ornera dorénavant une salle de la mairie, suite à ses dernières aventures qui deviennent ainsi mythiques.

 

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Une petite crapulerie de Jacques Attali

Posté par emmanuelesliard le 3 mai 2013

Une petite crapulerie de Jacques Attali

Une petite crapulerie de Jacques Attali dans Liens arton20331-6f5da
Bernard GENSANE

Jeudi 25 avril, l’émission « Des Paroles et des Actes » recevait Jean-Luc Mélenchon. Cette émission est un exploit physique et intellectuel. L’invité doit répondre, deux heures durant, sans jamais faiblir, à un feu roulant de questions posées par des interlocuteurs successifs. Il va de soi que Mélenchon est reçu sur ce plateau de manière moins urbaine que d’autres politiques.

Dès sa prise de parole, le tout petit Pujadas (beaucoup de choses furent petites durant ces deux heures) présenta le co-président du Front de gauche en disant qu’il « éructait ». Ce qui signifiait qu’il renvoyait par la bouche des gaz contenus dans l’estomac (éructer appartient à la même famille que rot). Une personne qui éructe est pour le moins excessive : « Dans ce « oh » éructé du fin fond de la gorge, un monde de haine tenait » (Courteline). Mélenchon ne releva pas l’insulte.

Nous eûmes droit à la médiocrité de Nathalie Saint-Cricq, chef du service politique de France2 (ah, le grotesque de sa séquence people !). Ce cadre important du service public tenta, pendant vingt minutes, de désarçonner Mélenchon à propos de certaines expressions fortes et colorées qu’il affectionne, comme le « coup de balai », qu’il a effectivement utilisé, et le « salopard », prononcé par un de ses camarades et qu’il a assumé. Mélenchon justifia ce terme en expliquant que des ministres européens qui enfoncent le peuple grec dans la misère se conduisent de manière moralement répréhensible (ce qui est le propre du salaud). Il qualifia également son ancien contradicteur Cahuzac de « voyou », qualificatif désormais entré dans la doxa. Le bouillonnement intérieur de Saint-Cricq exsudait de la haine.

Nous eûmes droit au questionnement obsessionnel (« je vous pose simplement la question ») de François Lenglet, rédacteur en chef à France2, ancien des Échos, de La Tribune, de BFM, un « libéral », comme le qualifia justement Mélenchon. Je passe rapidement sur Hélène Jouan, qui resta dans les clous de la joute normale en la matière, et sur Benoît Apparu qui, comme son maître Alain Juppé, est, en politique du moins, un artiste de la psychorigidité.

J’en viens à Attali. Il se dirigea lentement vers son siège et s’adressa de manière très courtoise à son contradicteur. Je cite de mémoire : « J’ai beaucoup de respect pour votre action et votre pensée ; je vous rejoins parfois ; nous allons dialoguer à un certain niveau. » Tout cela accompagné de regards par en-dessous, doucereux. Mélenchon – ce qui m’étonna car Attali est coutumier du fait – ne flaira pas le coup de poignard dans le dos que l’ancien conseiller de Mitterrand prépara pendant vingt minutes. À la fin d’un échange sans concessions mais correct, Attali quitta la table du débat sur un « Vous allez faire de la France la Corée du Nord ».

Attali affectionne cette image grossière. Outre qu’elle révèle à quel point il est un bien petit homme (je n’aurai pas la cruauté de rappeler les accusations de plagiat portées à son encontre), elle montre qu’il fait preuve en l’occurrence de la plus parfaite hypocrisie. Politiquement, ni même intellectuellement, il ne croit pas une seconde à cette assertion. Il s’agit pour lui de faire frissonner Neuilly, son monde. Accessoirement de tenter de déstabiliser son adversaire. Comme Mélenchon est l’un des rares hommes politiques français capables de développer une pensée politique globale en contradiction avec celle du capitalisme financier, il est nécessaire pour un homme comme Attali de lui envoyer son mépris. Ce faisant, il dit aux siens : « Ne vous en faites pas : cet individu et ses idées relèvent de l’aberration, de la camisole de force. Faisons mumuse en lui accordant la grâce d’un dialogue mais rappelons-lui qu’il est dans le délire. »

Comme cela échappa à Hélène Jouan, Mélenchon, pour tous ces suppôts du système, c’est « la rue ».

http://bernard-gensane.over-blog.com/

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Parti Socialiste : le décryptage interne !

Posté par emmanuelesliard le 12 avril 2013

Merci au site « lemonde.fr » qui nous offre ce décryptage du PS « moderne » par l’intermédiaire d’un de ses élus les plus honnêtes (intellectuellement) :

 

« Malheureusement, je pense à quitter le PS presque tous les jours »

Le Monde.fr | 12.04.2013 à 12h18 • Mis à jour le 12.04.2013 à 14h31

Propos recueillis par Bastien Bonnefous

 

Gaëtan Gorce, sénateur PS de la Nièvre.

 

Gaëtan Gorce, sénateur PS de la Nièvre et opposant à la ligne majoritaire lors du dernier congrès du parti qui a élu Harlem Désir premier secrétaire. Après l’affaire Cahuzac et à la veille du conseil national du PS, il plaide pour une refondation totale d’un parti accusé de « dérive clanique ».

Quelle est votre opinion sur l’opération de transparence politique mise en place par François Hollande, et plus particulièrement sur l’obligation faite aux parlementaires de rendre publique leur déclaration de patrimoine ?

Gaëtan Gorce : C’est une évolution inéluctable qui ne me dérange pas. Que l’on veuille s’assurer qu’un responsable politique ne profite pas de son mandat pour s’enrichir est une démarche nécessaire. Il faudra néanmoins mettre des bornes, parce qu’on peut très vite entrer dans un système intrusif qui considère les élus comme des gens que l’on doit soupçonner a priori. La vraie question reste pourquoi des membres socialistes qui tendaient vers les plus hautes responsabilités ont-ils pu s’affranchir à ce point des règles ? Quand cela arrive une fois, on peut toujours dire que c’est un accident. Quant cela se répète, c’est le signal qu’il y a un problème.

Vous avez écrit sur votre blog que le Parti socialiste répondait à un « système clanique ». Qu’entendez-vous par là ?

J’essaye de trouver une explication à ce qui a pu se passer avec Dominique Strauss-Kahn il y a quelques mois, et aujourd’hui avec Jérôme Cahuzac. Le PS n’est pas un parti corrompu produisant des responsables corrompus, mais il s’est affranchi des règles normales de fonctionnement d’un parti politique pour leur substituer un système d’arrangements entre des clans. Autrefois, ces clans étaient des courants avec des lignes politiques et des personnalités concurrentes. Ils se sont progressivement transformés en groupes d’intérêts s’auto-protégeant et s’auto-promouvant.

On l’avait déjà vu à la présidentielle de 2007 : Ségolène Royal a été finalement désignée parce qu’elle était populaire chez les militants et les sympathisants de gauche, qui avaient compris l’existence de ce système oligarchique et estimaient que Ségolène Royal se définissait contre ce système. On a fait les primaires pour la même raison car on avait compris que le système n’était plus assez légitime pour désigner un candidat incontestable.

« Oligarchie »« clans »« système », ce sont des termes violents…

Je parle de façon directe parce qu’on n’a plus l’habitude, au PS, de nommer les problèmes. Or, cette dérive clanique peut conduire à des situations insupportables pour tous les socialistes et pour tous les Français de gauche. Jérôme Cahuzac a été propulsé moins par les structures internes du parti que par le soutien des hommes et des femmes de son clan au sein de l’appareil. On en voit le résultat. Il faut donc en tirer les conséquences.

François Hollande a été le premier secrétaire du PS pendant onze ans. A-t-il une responsabilité dans ce système que vous décrivez ?

Il a une part de responsabilité, comme tous ceux qui ont dirigé le parti. Mais François Hollande n’a jamais trempé dans ces fonctionnements. Il n’a jamais constitué un courant, ce n’est pas l’homme d’un clan car il savait que ce mécanisme était redoutable. Si on peut lui faire un reproche, c’est d’avoir été parfaitement conscient de ces dérives et de ne pas y avoir mis un terme comme premier secrétaire. Il ne les a pas avalisées, il ne s’est pas compromis avec, mais il n’a pas essayé de les réformer.

Le PS dirigé par Harlem Désir tient un conseil national samedi 13 avril. Est-il à la hauteur des événements ?

Le calendrier nous dit tout. La gauche est au pouvoir depuis dix mois. Il y a eu dans le pays un grand débat européen en juin autour de la promesse de François Hollande d’infléchir la stratégie de l’UE en matière de croissance, puis un grand débat sur les enjeux économiques et sociaux depuis l’automne. Aujourd’hui, il y a de nouveau un débat sur les perspectives de croissance et un autre – et pour cause – sur l’éthique politique. Pendant ce temps, le PS n’a réuni son conseil national que deux fois, en novembre et samedi dernier, et pour seulement quelques heures à chaque fois.

Les instances collégiales du parti sont dévitalisées. Prenons un exemple de l’inertie du parti. François Hollande est dans un contexte diplomatique complexe en Europe : il doit travailler avec nos partenaires conservateurs et ne peut pas renverser la table. Le chef de l’Etat est donc contraint à une forme de prudence et de modération. Mais le parti, lui, n’est pas soumis aux mêmes exigences. Or, la politique d’austérité à l’échelle européenne compromet nos emplois et nos industries. La gauche européenne, et le Parti socialiste français en tête, devrait donc se mobiliser à l’occasion des prochaines élections européennes pour faire en sorte qu’une nouvelle ligne s’impose. Ce n’est malheureusement pas ce qu’il se passe.

Que proposez-vous pour changer le PS ?

Il faut d’abord qu’on arrête de se mettre un bandeau sur les yeux et que l’on regarde la réalité en face. Je sais que mes propos scandalisent certains dirigeants de mon parti ; en revanche, ils sont hélas tout à fait compris par nos électeurs et nos sympathisants.

Ensuite, il faut se fixer un objectif de refondation totale du PS. Le PS n’est plus, il faut le faire renaître. Les accumulations d’affaires et l’absence de délibérations collectives montrent que nous avons perdu le fil de l’héritage. Pour le retrouver, il faut un changement organisationnel qui réinsuffle de la démocratie. Il faut aussi un changement philosophique en remettant à plat le projet socialiste au vu des nouveaux enjeux planétaires et écologiques. Il faut enfin reconstruire une morale politique de l’engagement collectif. Ne pas se laisser corrompre par les vents dominants de l’ultra-libéralisme, selon lesquels tout serait permis : la compétition serait la seule règle et l’enrichissement personnel le but ultime.

Comment comptez-vous y arriver ?

Je propose la mise en place d’un « comité des irréprochables » composé d’anciennes personnalités du PS qui n’ont aujourd’hui plus d’intérêts dans le parti, d’universitaires, de scientifiques, d’intellectuels marqués à gauche et de citoyens sympathisants tirés au sort. Ce groupe d’une vingtaine de personnes devra faire des propositions fortes pour que le PS redevienne lui-même. Je ne crois pas, hélas, à notre capacité à changer en interne. La bourgeoisie de l’appareil socialiste ne voudra jamais abandonner son pouvoir. Même s’il y aura inévitablement des changements au PS. Harlem Désir est un premier secrétaire privé de légitimité et de moyens d’agir. Cela ne peut pas continuer comme cela. Tout le monde le reconnaît en privé : le PS n’est pas en situation d’aider le président de la République et le gouvernement.

La rénovation par le non cumul des mandats ou par la parité ne vous semble-t-elle pas suffisante ?

On nous dit que la parité ou le non-cumul, que je soutiens, vont tout changer, mais c’est faux. On va simplement remplacer des gens par d’autres gens qui leur ressemblent trait pour trait, qui auront trempé dans les mêmes arrangements et suivi les mêmes parcours. Il y a deux voies parallèles pour intégrer désormais le PS : le réseau des élus et la voie technocratique des hauts fonctionnaires. La professionnalisation des responsables du PS se fait de plus en plus tôt : à peine sortis de l’université, ils sont dans l’environnement des élus et aspirent à les remplacer.

Envisagez-vous de quitter le PS ?

Malheureusement, j’y pense presque tous les jours. Je n’éprouve aucune satisfaction à en parler comme je le fais. J’ai adhéré au PS à 16 ans. Je suis plus socialiste que jamais, mais je me sens très mal à l’aise dans mon parti car je ne vois pas les choses bouger ni les moyens de les faire bouger. Le PS a subi une défaite au premier tour de la présidentielle en 2002 et n’a pas changé, il a subi l’affaire DSK et n’a pas changé. Il subit l’affaire Cahuzac et ne veut pas changer… Avant que le bateau sombre, il peut se passer un certain temps. L’agonie peut durer très longtemps. Je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle avec le Parti radical des années 1930 qui, comme le PS, était un grand parti, avec de grandes personnalités et un grand projet, et s’est petit à petit affadi au point de devenir simplement un élément d’un système.

Vos critiques s’apparentent-elles au « coup de balai » proposé par Jean-Luc Mélenchon au Front de Gauche ?

Si je parle, c’est justement parce que je veux éviter le coup de balai qui fait croire qu’il suffit de changer les hommes pour que tout aille mieux. La colère de Mélenchon est légitime, mais c’est une réponse démagogique. Le rôle de la gauche n’est pas d’exacerber les passions. Mais je comprends Jean-Luc, parce que je sais qu’au PS, il a vécu, comme moi aujourd’hui, cette impuissance à changer les choses de l’intérieur.

Le 5 mai, cela fera un an que François Hollande est à l’Elysée. Quel bilan tirez-vous de cette première année ?

On a le sentiment que le président de la République n’a pas encore fait tous les choix. Il a été très marqué par l’idée que la société française a été déchirée durant les dix dernières années. De cette prudence, il conclut qu’il faut avancer pas à pas. François Hollande se cherche toujours. Il a pris beaucoup de décisions courageuses, comme l’effort de réduction des dépenses publiques, mais paradoxalement, on ne les assume pas complètement.

Il faut maintenir cet effort pour retrouver des marges de croissance dès 2014. La dernière fois que j’ai vu François Hollande à l’automne, je lui ai dit :« Tu dois réussir car ton succès sera celui de notre génération. » Mais son handicap est que la gauche n’avait pas préparé son arrivée au pouvoir. On a laissé croire que c’était le cas, mais les gens à l’intérieur comme moi savent très bien que le PS n’a pas préparé les échéances économiques, européennes, écologiques…

Bastien Bonnefous

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du troisième congrès du parti de gauche, le 24 mars 2013

Posté par emmanuelesliard le 26 mars 2013

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Ce matin 26 mars, invité de la matinale de France Inter, il a donné une petite leçon de traitement de l’information à Patrick Cohen et à tous ses confrères qui ne s’intéressent qu’à l’écume des vagues, sans voir le tsunami qui déferle !

 

Leçon qui ne sera sans doute pas retenue !

 

 

 

 

 

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Un collabo au Vatican ?

Posté par emmanuelesliard le 14 mars 2013

 

François, un Pape de combat… contre la gauche d’Amérique Latine

 

Le nouveau souverain pontife est présenté comme « progressiste modéré ». Mais derrière l’image du Pape humble et proche des nécessiteux, il y a un farouche réactionnaire, fermement opposé aux réformes sociétales de gauche en Amérique Latine et un peu trop proche de certains dictateurs militaires.

“Ne soyons pas naïfs: il ne s’agit pas seulement d’un combat politique. Il y a [dans le mariage homosexuel] la prétention de détruire le plan de Dieu” expliquait l’archevêque de Buenos Aires en 2010 lors du débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexes en Argentine, où il s’est fermement opposé à Christina Kirchner. « Il faut y voir aussi, ajoutait le cardinal, le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu ». Le cardinal de Buenos Aires avait également qualifié l’homosexualité de « démon infiltré dans les âmes ».
Même position inflexible sur l’avortement, y compris en cas de viol, ou encore sur l’euthanasie. Et comme jésuite, Golias (publication catholique progressiste) rappelle qu’il s’est fermement opposé à la ligne d’ouverture.

Opposé aux prêtres progressistes

Son opposition aux prêtres, réellement progressistes, serait même allée bien plus loin  pendant la dictature militaire. Jean-Luc Mélenchon l’explique sur son blog : « Ce Bergoglio peut être jugé politiquement parce qu’il s’est impliqué dans l’action politique de son pays. Il est, non seulement, exactement à l’opposé de la théologie de la libération mais il en a combattu les prêtres. Mes amis argentins l’accusent d’avoir dénoncé des prêtres progressistes sous la dictature. Il a été formellement reconnu et accusé par deux d’entre ces prêtres en 2012 dans un procès. Ces deux prêtres avaient été dénoncés, arrêtés et torturés et n’avaient échappé à la mort que par chance. »
Jean-Luc Mélenchon fait ici référence aux cas des prêtres Orland Yorio et Francisco Jalics, qui ont été kidnappés  et torturés en 1976 et qui ont nommément accusé Bergoglio de les avoir dénoncés comme guerilleros et opposants au pouvoir du dictateur Videla. Alors qu’il leur avait fait croire au préalable qu’il les protègerait.

Bref, le nouveau Pape est accusé de silence complice, si ce n’est pire, lors de dictature militaire en Argentine entre 1976  et 1983. Il a par deux fois refusé de témoigner pour son rôle au sein de la hiérarchie jésuite pendant cette période, au cours des procès sur la « guerre sale ». La presse de gauche en Amérique Latine reprend aujourd’hui à loisir des photos de Bergoglio, en compagnie de Jorge Rafael Videla, celui qui destitua Peron en 1976 après un coup d’Etat. Photo par aileurs contestée. Videla qui justifia sa dictature sanglante au nom de l’anticommunisme, défenseur de la grandeur de la « civilisation catholique occidentale » contre les « rouges » et les « juifs ». Une dictature qui a fait au bas mot 30000 victimes de « disparitions ».

Et la fraternité

Du côté du PCF on reste étonnamment prudent quant à la nomination du nouveau Pape et sur son appel à la fraternité. « Dans ses premiers mots, le pape François en a appelé à une « immense fraternité » dans le monde. Il s’agit d’un défi majeur de notre temps, d’une aspiration qui travaille toute l’humanité » relève Pierre Dharréville. « C’est pourquoi, en toute laïcité, dans le rejet de tout « ordre moral », nous avons de l’intérêt pour la parole de l’Eglise et pour les actes des croyants. Parlons de fraternité. »

Et Jean-Luc Mélenchon conclut beaucoup plus nettement : « De tous les points de vue, l’élection de ce pape est une très mauvaise nouvelle politique pour le processus progressiste en Amérique du sud. Et d’un certain point de vue c’est une offense aux combattants contre les dictatures. Et d’un point de vue spirituel ? Ce n’est pas mon affaire dans la sphère publique. »

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La croissance ! Quelle croissance ?

Posté par emmanuelesliard le 8 mars 2013

« La croissance n’est pas la solution, c’est le problème »

La croissance ! Quelle croissance ? dans Liens arton48447-ace9d
(Crédit photo : GaleriaArteUrbana – flickr)
Nulle en 2012 et sans doute encore en 2013, la croissance flanche. Mais vivre sans elle est-il pire que tout ? Pas si sûr, pour l’économiste Jean Gadrey qui dénonce l’aveuglement des élites économiques et politiques.

Jean Gadrey est économiste et membre en 2008-2009 de la « Commission Stiglitz ».

On nous dit que, sans croissance, c’est la régression sociale, on ne peut pas réduire les dettes, ni le chômage, ni la pauvreté, et l’on n’aura pas les moyens d’engager la transition écologique. Pourtant, je propose de dire « Adieu à la croissance », qui est le titre de mon livre (voir lesbonnes feuilles sur le site d’Alternatives économiques).

Il serait temps que les économistes, s’ils veulent être « responsables », prennent en compte les risques écologiques et qu’ils se posent les questions suivantes : et si ce culte de la croissance relevait d’un aveuglement des élites économiques et politiques ? Et si la quête de la croissance, fondée sur des gains de productivité sans fin, était l’un des facteurs de crises, voire la plus grave des menaces à terme pour l’humanité ? Et si, quoi que l’on fasse, la croissance ne revenait jamais dans les pays « riches » ? Et si une « prospérité sans croissance » était possible et nécessaire pour sortir de la nasse où nous sommes ? Et si notre pays était immensément riche sur le plan économique, ce qui permettrait de faire face à tous les défis, sans croissance, dans le cadre d’une transition ambitieuse ?

Ces hypothèses sont de plus en plus crédibles. Le graphique joint représente l’évolution, depuis 1949, des taux annuels de croissance. On ne peut certes rien en conclure sur les évolutions futures, mais cela pourrait au moins faire réfléchir les dévots de la croissance.

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Les causes du plongeon

Bien des raisons expliquent cette baisse spectaculaire. La poursuite de la croissance se heurte d’abord à différentes limites sociales. Elle n’est plus depuis longtemps un facteur de mieux vivre, vu qu’elle est définie comme la progression quantitative d’un « truc technique », le PIB (Produit intérieur brut), lequel n’a pas été fait pour enregistrer la qualité de la vie individuelle et collective, les dommages écologiques, les inégalités, le temps libre, le bénévolat, le travail domestique, etc. Comme le disait en mars 1968 le sénateur Robert Kennedy, quelques mois avant son assassinat,« le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue ». C’est à un constat semblable qu’est parvenue la « Commission Stiglitz » quarante ans plus tard !Mais la raison qui va devenir la plus importante est écologique. Elle est résumée par cette citation d’un grand économiste américain, Kenneth Boulding : « Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini est soit un fou soit un économiste. »

La finitude des ressources naturelles se manifeste notamment par les premiers effets du pic du pétrole et de bien d’autres pics (le peak all », le pic de tout), qu’il s’agisse de ressources non renouvelables, extraites du sous-sol, qui s’épuisent et dont le prix va grimper sans cesse, ou de ressources en principe renouvelables mais tellement surexploitées qu’elles ne parviennent plus à se renouveler : climat, eau, biodiversité, forêts, terres arables…

Les avocats de la croissance à perpétuité font penser à de mauvais médecins qui jugeraient la santé d’une personne par la croissance de sa taille et de son poids alors qu’elle a atteint un âge où son développement qualitatif, individuel et social, devrait primer. C’est pour cela que nous vivons sous un régime d’obésité consumériste, au demeurant très inégalitaire.

Et le chômage dans tout ça ?

Mais alors, si la croissance prend fin dans les pays riches, et s’il faut le souhaiter pour diverses raisons, en particulier pour préserver ou restaurer des patrimoines naturels vitaux aujourd’hui endommagés, le chômage ne va-t-il pas poursuivre son envolée ?La fin de la croissance sera en effet un drame pour l’emploi si l’on prolonge la trajectoire productiviste symbolisée par les Trente Glorieuses, car les gains de productivité détruisent l’emploi s’il n’y a pas assez de croissance. Sauf – c’est une première piste à exploiter – si l’on réduit la durée du travail. Je suis favorable au passage assez rapide et négocié en France aux 32 heures ou à la semaine de quatre jours à la carte. Mais ce n’est pas la seule piste.

En effet, rien ne nous condamne à viser toujours plus de productivité, surtout quand on mesure les dégâts humains et écologiques que cela entraîne, mais aussi la dégradation de la qualité dans bien des cas, dont des cas récents dans l’agriculture et l’alimentation. Il faut s’orienter vers des gains de qualité et de durabilité (le « toujours mieux » à la place du « toujours plus »), qui ont déjà été dans le passé des sources de création d’emplois et qui devraient l’être beaucoup plus à l’avenir : agroécologie, construction et isolation thermiques, énergies renouvelables, circuits courts, relocalisation, mobilité douce, services de bien-être, etc.

Par exemple, on a besoin d’environ 30% d’emplois en plus dans l’agriculture biologique pour produire les mêmes quantités, donc sans croissance quantitative. On est là dans une logique vertueuse favorable aussi bien à l’environnement qu’à la santé publique, à l’emploi et au sens retrouvé du travail. C’est vrai dans bien d’autres activités. La soutenabilité écologique et sociale n’est pas l’ennemie de l’emploi, et donc de la protection sociale, contrairement au productivisme. Encore faut-il des politiques résolues pour cette grande bifurcation, et une réduction des inégalités. Des scénarios de très bonne qualité existent, il faut les mettre à l’agenda politique. Ils ne sont nullement régressifs, bien au contraire.

5% du PIB part en dividendes

Privés de croissance, reste à savoir comment les pouvoirs publics pourraient dégager les financements nécessaires à la protection sociale et à la transition écologique sans creuser la dette. En réalité, on cherche les clés sous le réverbère de la croissance et pas là où elles se trouvent, du côté des inégalités, des privilèges, du pouvoir économique d’une infime minorité, et de la maîtrise du crédit. En termes économiques, les Français sont environ deux fois plus riches qu’au début des années 1970. En fait, les « marges de manœuvre » financières de gouvernements qui chercheraient les clés au bon endroit sont considérables. Voici trois exemples.

- D’abord, depuis les années 1980, le partage de la richesse économique (la « valeur ajoutée ») a évolué en faveur des profits (principalement les dividendes) et en défaveur des salaires, dans des proportions énormes. Le graphique 2 représente les dividendes versés par les entreprises aux actionnaires depuis 1949 en pourcentage de la masse salariale. Il se passe de commentaires. Aujourd’hui, 100 milliards d’euros annuels, soit 5% du PIB, partent en dividendes. Il faudrait cinq fois moins que ce montant pour éradiquer la pauvreté !

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- Ensuite, selon un rapport du député UMP Gilles Carrez, les niches fiscales représentent au bas mot 100 à 120 milliards d’euros par an de manque à gagner pour l’Etat. Certaines sont justifiées, mais plus de la moitié ne le sont pas et sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes.

- Enfin, l’évasion fiscale et la fuite dans les paradis fiscaux, plus la fraude fiscale, représentent elles aussi plusieurs dizaines de milliards d’euros de pertes sèches qui ne peuvent servir ni les objectifs sociaux ni les finalités écologiques.

Ajoutons à cela le fait qu’en se privant de la création monétaire par leur propre banque centrale (c’est-à-dire de la maîtrise du crédit), les Etats de la zone euro se sont privés d’un instrument majeur de réorientation écologique des investissements. Il faudrait, comme le demandent la Fondation Nicolas Hulot, le « collectif Roosevelt » et d’autres associations, récupérer cet outil pour financer la transition.

Quand il s’agit de « sauver l’humanité », ne pourrait-on pas faire ce qu’on a fait pour « sauver les banques » ?

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Le rédacteur :
JEAN GADREY

Professeur émérite d’économie à l’Université Lille 1. Collabore régulièrement à Alternatives économiques. Auteur de « Socio-économie des services », « Les nouveaux indicateurs de richesse », avec Florence Jany-Catrice (La Découverte, coll. Repères), « En finir avec les inégalités » (Mango, 2006) et « Adieu à la croissance » (Les petits matins/Alternatives économiques).

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Une construction européenne kafkaïenne

Posté par emmanuelesliard le 7 mars 2013

 

Une construction européenne kafkaïenne

LE MONDE | 06.03.2013 à 16h13 • Mis à jour le 06.03.2013 à 20h50Par André Grjebine, directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po

Comment expliquer qu’après avoir promis la croissance et le bien-être pour tous, l’Union européenne (UE) soit devenue cette union d’Etats dont les gouvernements désemparés s’avèrent incapables de faire face à la crise ? Comment est-on passé de Keynes à Kafka ?

C’est là que vient à l’esprit une question qu’on ose à peine formuler : aussi habile, aussi nécessaire même qu’il ait pu paraître, la mise entre parenthèses du politiquen’est-elle pas le ver dans le fruit qui a pourri la construction européenne ? Elle a soumis la communauté en formation à une loi sociologique qui veut que les structures bureaucratiques n’aient pour fin que leur propre expansion, à la fois en élargissant sans cesse leur sphère d’action et en accaparant toujours plus depouvoir dans un nombre toujours plus grand de domaines de compétence.

La règle s’est ainsi imposée selon laquelle devait être considéré comme bon tout ce qui allait dans le sens de l’intégration et du consensus, mauvais tout ce qui allait en sens contraire. L’objectif est devenu d’éliminer à tout prix les conflits, en oubliant que la démocratie se nourrit des conflits. Il est vrai que dans ce système les gouvernements démocratiquement élus sont perçus comme des institutions démagogiques, pour ne pas dire des empêcheurs de tourner en rond.

L’indépendance des  banques centrales, et singulièrement de la Banque centrale européenne (BCE), est devenue le symbole de ce dessaisissement des Etats. Ce n’était qu’un premier pas. Une étrange constellation s’est constituée, composée d’innombrables institutions communautaires non élues et de gouvernements nationaux. Ces derniers n’ont pas été à proprement parler dépossédés de leurpouvoir, mais ils ne peuvent l’exercer qu’à condition de suivre les normes qui leur sont imposées de l’extérieur. Cet extérieur n’est pas un pouvoir central, ni même un quelconque autocrate, mais une entité aux visages multiples, sans nom et sans contours précis, qui ne tire sa puissance que du mouvement d’expansion qui, une fois impulsé, échappe à tout contrôle.

En mettant en oeuvre une politique de relance communautaire, l’UE aurait pu contrecarrer le discrédit de la politique de la demande, qui à l’échelle nationale bute sur la contrainte extérieure. La plus grande partie des échanges des pays européens ont lieu, en effet, entre ces pays. De surcroît, une relance coordonnée de l’ensemble de la zone euro aurait entraîné une dépréciation de l’euro, favorable à sa balance commerciale avec le reste du monde. Au lieu de quoi, sous l’emprise de l’orthodoxie allemande et du libéralisme ambiant, les règles imposées aux Etats membres n’ont  fait que renforcer leur impuissance, sans que la Communauté en prenne le relais.

Les politiques budgétaires ont été enfermées dans un corset juridique. Dans une démocratie, les citoyens sont invités, au moment des élections, à se prononcersur les résultats obtenus, notamment en matière économique. Dans l’UE, où seul le Parlement européen est élu, mais avec une audience et des pouvoirs encore relativement limités, c’est moins l’efficacité de la politique économique qui est reconnue ou sanctionnée par les citoyens que sa conformité aux règles de droit qui est jugée par des commissaires, des commissions ou des juges. La question est alors de savoir si les critères de Maastricht et d’autres sont respectés et non si la croissance est excessivement faible et si le chômage augmente. La règle d’or que Mme Merkel a imposée à ses partenaires renforce encore ce juridisme.

Le comportement des dirigeants français illustre bien la perversion de la politique à laquelle peuvent conduire le mélange de règles rigides et l’obsession du consensus. En général, les hommes d’Etat définissent une stratégie faite d’avancées et de concessions en fonction des objectifs qu’ils se proposent. Nos dirigeants, mais ils ne sont pas les seuls, ont adopté la démarche  inverse : ils sont prêts à sacrifier leurs promesses électorales pour se conformer aux normes qui leur sont imposées. Les concessions ne sont plus pour eux un moyen de parvenirà leurs  fins. C’est de faire toutes les concessions nécessaires pour parvenir au consensus qui est devenu leur priorité, quelles qu’en soient les conséquences. Quand, à l’issue du Conseil européen des 7 et 8 février, François Hollande se félicite d’avoir obtenu un compromis, alors qu’il vient d’accepter une réduction du budget communautaire, c’est-à-dire d’avaliser que l’UE s’éloigne encore davantage de la perspective d’une politique de relance, il illustre parfaitement cette inversion des priorités.

Dans tout système qui se veut consensuel, la langue de bois est de règle. Elle est un moyen privilégié pour juguler les velléités de contestation qui pourraient déboucher sur des conflits. Parler de croissance quand on met en oeuvre une politique dont on sait qu’elle va conduire à la stagnation est devenu habituel. De même, les références permanentes à la convergence sont censées effacer la divergence des économies européennes que l’on observe pourtant depuis des années. Enfin, quiconque critique le fonctionnement de l’UE est aussitôt accusé d’être un antieuropéen primaire.

Dans ce contexte, les élections qui viennent de se dérouler en Italie sont symptomatiques du désarroi ambiant. Dans un système démocratique, et même dans une autocratie, le mécontentement populaire peut être dirigé sur une cible : une majorité que l’on peut espérer remplacer, un dictateur dont on attend qu’il soit renversé. Dans un système oligarchique comme celui qui prévaut au sein de l’UE, le pouvoir est suffisamment dilué pour être hors d’atteinte. Il ne reste pour témoigner de son mécontentement que le rejet et le ricanement. De la même façon, dans l’URSS, les anecdotes contre le régime étaient le principal moyen de contestation, un procédé passif et sans risque pour le pouvoir en place… jusqu’à son enlisement final. C’est ce dont viennent de témoigner les électeurs italiens, las de cet exécutant appliqué des exigences communautaires qu’a été Mario Monti. Beppe Grillo serait-il le triste avenir de l’Union européenne ?

André Grjebine, directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po

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